NOUVELLES DU TRAVAIL SOCIALArticlesLA FAMILLE RECOMPOSEEDECEMBRE 2007 essai d' ANALYSE SEMIOLOGIQUE d'une photo de famille.![]() Le père est assis au centre d'un cercle irrégulier formé par les quatre personnes et déployé spatialement plutôt du côté de la mère. On peut dire que la centralisation de la figure du père est ambigue,car il est à la fois source de solidité - assis et ancré dans le sol- mais néanmoins à distance des autres personnages qui lui font face. La mère est assise en surplomb et adossée à l'espace domestique représenté par le bar où se trouve la vaisselle du repas qui vient d'être pris. Le couple se fait face de manière décalée. La fille est assise sous la figure maternelle.Elle détourne le regard du cercle de famille.Le fils est debout ce qui retraduit peut être la mobilité de sa position entre les deux parents, et son rapprochement discret de la figure paternelle. Il interroge son père du regard. Posté le 05/01/2008 | 80 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article ERRANCE DE DECEMBREDe l’ordre,
encore de l’ordre.De l’ordre dans les cheminements, dans les carrières, dans
l’envie d’accumuler : rapport spirituel parfait au monde, tel que nous
l’inculque le parti de la modernité. Le jour où
Julien Gracq est mort, j’ai eu envie d’écrire sur le champ.Son classicisme m’avait
en son temps plongée dans un abime de jouissance sévère, dans un rêve sombre et
complexe comme l’encorbellement de ses phrases ciselées. J’ai eu envie d’écrire
de nouveau, gratuitement, ainsi que je l’ai toujours fait.J’écris sans lecteur.J’écris
parceque tombe la pluie glaçée de Décembre, le jour de la mort de Gracq,
l’auteur du Rivage des Syrtes. J’écris dans
la pénombre de l’arrière pays niçois, dans les collines repliées sur l’arrivée
du gel. J’écris sur les traces du renard dans son couloir de terre froide que
la pluie va cerner. Bien sur
Virginia Woolf l’a déjà fait mieux que moi, de son refuge rural, là où la lucidité fulgurante de la folie la
conduisit à prendre le chemin de la rivière, les poches remplies de cailloux. Les femmes
qui écrivent aiment citer Sylvia Plath, Doris Lessing, et peut être Anais Nin,
comme si ces fantômes amicaux campaient dans leur jardin, ou tenaient la plume
tout près d’elles, alors qu’elles s’escriment sur leurs claviers contemporains. J’aime me
tenir au loin des lumières, dans l’ombre de ces zones de feuillages humides quand en bas clignotent les façades
des maisons avec leurs dégoulinades clignotantes, en l’honneur de notre vieille
fête pagano-chrétienne de Noêl. Comme le
héros de Gracq, je veille.L’ordre du monde est circulaire, tel une parole que
l’on s’adresse à soi même.Toute trajectoire nous rattrape.Nous ne nous enfuyons
jamais. Nos manèges et nos stratégies nous surplombent et nous collent le nez
au sol, dans la boue du souvenir. Dans quatre
mois deux ans auront passé depuis mon « débarquement » brutal du
vaisseau professionnel..C’était en avril 2006. Les travaux du tramway à Nice
devaient commencer, la construction d’un lente trajectoire allant du Pont
Michel jusqu’au nord de la ville, la
mise à vif de vieux quartiers populaires, éventrés et pantelants derrière les
barrières plastiques des chantiers . Les travaux
aujourd’hui sont finis.Le tram circule le long de la grande avenue enrubannée
de lumières bleues, déposant les touristes dans les hauts lieux locaux de la
consommation. Mon travail de restructuration est en marche, après ma propre
éventration psychique, et l’hémorragie qui en a suivi, lente et sourde.. Je est
l’autre qui pleure dans le silence des mots consolants, je suis moi-même et
celui qui –médecin du travail, inconnu compréhensif, ancien collègue, ami de
toujours- compatit : « n’y pense plus, on s’y fait. Le monde continue de tourner. Ce
genre de phénomènes se développe en effet, il faut le reconnaître. ».Vigilance
tardive, on se questionne en termes euphémisés : « je ne sais que te
dire. Il y a bien sur tellement de facteurs en cause. » L’ordre du
monde est binaire. Entrée, sortie.Va et vient de l’utérus moelleux à la tombe,
de la parole qui donne le social à celle qui vous en retire « à partir de
demain, vous ne faîtes plus partie de ce monde là, de ce lieu de travail, de
cette équipe.. » aller et retour du phallus entre ses parois de ténèbres,
moment conclusif de l’orgasme, de la résolution, de la disparition, de la
cessation du temps. Nouveau
Testament du monde professionnel « tu iras et tu ne trouveras plus
rien.Plus de sens à tes actes, à tes pensées.Tu iras dans la cité et tu seras
privée du contact de tes semblables , de
ceux qui travaillent , se lèvent et sont attendus dans quelque lieu où
leur présence est requise.De ceux dont la sueur et la souffrance garantit peut
être avec un peu de chance ,l’utilité .» . A qui, à quoi
faut-il croire ? A quelles valeurs même attiédies par les mutations ?
De quels professionnels parlons-nous, refusant toute solidarité active à leurs
pairs ? Le rapport au travail est personnel, intime, ne supporte pas
d’être questionné même pour une éventuelle bonne cause..Ceci me regarde, cela
te regarde. A chacun son regard intérieur sur ce qui fait de nous une personne
responsable ou pas, lâche à presque tous les moments de sa vie, lâche parce que
destinée à mourir quelque jour, au bout d’un long tunnel de mots et d’actes
insensés. La ville me
saoule de ses dérobades géographiques le long des galeries que creusent mois
après mois les machines.Les vitrines me renvoient mon image blême, comme
désincarnée, réduite aux lignes floues de la tristesse et de l’empêchement. A
chaque pas colle à mes semelles cette glue du néant dans lequel m’a plongée la
parole hiérarchique « à partir de lundi, tu ne fais plus partie de cette
équipe, de ce lieu de travail ». Le sens est ailleurs, indiscernable. Les
passants sont les témoins muets, sourds, aveugles, de mon histoire sans
contours, molle et proche de la décomposition finale. Seule la
nature dans ses ilots rares entre les maisons serrées demeure une compagnie.
Des signes sont présents dans la moindre feuille, dans ses veines saillantes et
crémeuses, dans la douceur de sa paume entre les barreaux d’une grille, dans
l’encoignure d’un volet, chair végétale amie que je ne touche pas, qui
m’accable soudain de nostalgie…Le verbe de la feuille, ce silence nocturne dans
le soleil pâle d’hiver. Mes pas
prolongent le vide qui m’aspire de l’intérieur, succion désordonnée. Dans leur
claquement sec réside tout ce qui
demeure de ma force ancienne, dans le défi d’être encore là , sans raison
valable. Aucun reproche ne m’est fait.On me laisse vivre et vagabonder à l’air
libre, sans nulle attache ni compte à rendre. Aux hébreux qui’s’ébattaient
autour du Veau d’or, dans la poussière et l’orgie, Moise rappela les tables de
la Loi..Or l’orgie elle-même obéit à des lois.Il n’y a de vie humaine que dans
le jeu avec la règle..Il n’y a de vie que dans le dérèglement, qui ouvre
parfois les possibles, la mutation transformant l’animal intelligent en cet
être plastique finissant au cours des siècles par espérer dompter les
galaxies.. « La
montre arrêtée dans sa ronde et l’étrangeté qui surgit. » .RUINES DE L'ABBAYE DE CLUNY,HAUT LIEU DE LA CONNAISSANCE. NOVEMBRE 2007 BOURGOGNE
Posté le 04/01/2008 | 60 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article LES TAMPONSA la mort de mon père, en octobre 2005, j'ai recueilli tous ces petits objets sans valeur qui retracent une vie, montres, lunettes, archives,clés, outils rouillés, badges métalliques,cartes de visite salies et fripées, étiquettes ne désignant plus rien: porte de la cave ..quelle cave ? celle de 1958...celle de la maison de mon enfance ? cles du coffre de la société...et aussi boite postale n°80...Depuis longtemps tout a disparu..la maison, la banque où se trouvait le coffre, la poste française.. Dans un sac de plastique se trouvaient aussi "des tampons", de ceux que l'on utilise pour s'identifier dans un courrier commercial..De vieux tampons désséchés, mais que l'on avait gardé comme par une sorte d'impossibilité à se séparer d'un statut social, d'une identité ... Quelques mois après cette découverte, mise de côté dans un tiroir de mon bureau, je me suis rendue dans une papeterie de Nice où les employés sont extrêmement serviables..et attendant mon tour, j'ai pensé soudain qu'avec de l'encre je pouvais redonner vie de manière complêtement illusoire mais poétique somme toute à ces lettres en relief ne servant plus à rien... Voilà donc ce que je fais ce soir... j'encre des tampons d'une Société commerciale, celle de mon père, nationalisée par le nouvel état algérien en 1962.... A cette époque mon père n'en était d'ailleurs plus que l'usufruitier à la suite de rapts de parts ( formule qui malgré l'élégance de l'anagramme renvoie à la triste et inusable réalité des affrontements familiaux pour et à travers l'argent). Sur le papier s'inscrit cette chose extraordinairement triviale et dénuée de signification : un nom, certes, celui que je porte toujours pour l'administration,mais aussi une adresse et un numéro de téléphone à CINQ chiffres....Peut on téléphoner à ce passé englouti ? Qui répondrait ? Ais je seulement su, enfant, l'adresse exacte de cet endroit : La Marine, 32 rue Jean Bart..Mostaganem.. Pourquoi alors ces seuls mots revenus d'ailleurs font ils naître dans mon esprit des images explosives de soleil et d'ombre ..de gravier brulant,de murs renvoyant la lumière..? Mon nom de naissance est d'origine espagnole, étymologiquement on aurait le choix entre la notion de "petit champ" ..le "campo" deviendrait "campillo", ou celle de "grand voleur" c'est à dire "gran pillo"..donnant plus tard "campillo" par déformation. Mais ceci relève probablement d'une trouvaille destinée à la distraction d'un cercle d'auditeurs.. A Beni mantel,arrière pays d'Alicante, au milieu des amandiers en fleurs, par les chemins sauvages, que faisaient donc mes ancêtres ? Cultivateurs sans doute...Et quand la terre, quoique fleurie, ne suffit pas à nourrir tout le monde, il faut s'exiler...De ce coin d'Espagne on arrive directement par bateau à Oran, en Algérie... L'exil a de tous temps été une sorte de facteur d'équilibre à la fois économique et culturel...créant des passerelles et des oasis pacifiques là où la guerre divise...les vainqueurs font travailler les vaincus dans leurs camps, alors que l' éxilé plus ou moins volontaire réclame du travail...Chassés par les troubles républicains de 1873,et les conséquences de l'extension du prolétariat agricole,journaliers et petits propriétaires ruinés s'embarquent pour l'Afrique du Nord..ils forment alors une main d'oeuvre presque nomade, dure à la tâche. Dans certains cas,dès 1859 ils prennent la place de Français découragés par les difficultés,décimés par la maladie..De métayers, certains deviennent propriétaires, font du commerce et réussissent .. Ce sont des gens "pleins de morgue, nourrissant" d'après certains auteurs " une antipathie atavique contre les Maures, dont le sang coulait dans leurs veines" (1). Durs envers eux mêmes , avec leurs enfants, les colons d'origine espagnole l'étaient aussi vis à vis de leurs ouvriers.. a t'on pu lire dans les témoignages recueillis par les historiens. Le père de mon père a été l'un d'eux, l'un de ces travailleurs assez vite enrichi,grâce à des aptitudes intellectuelles incontestables, l'un de ces colons naturalisés français, dans l'euphorie générale de l'époque qui voulait glorifier l'oeuvre de civilisation entreprise dans des terres ingrates et inhospitalières... A l'heure du tollé sur la colonisation "positive" , on peut trouver le propos hasardeux ..pourtant si il y a une réelle aberration à prétendre qu'une colonisation puisse être "positive"..en même temps on ne peut interdire à un être humain de revendiquer cette sorte de dignité qui consiste à choisir son destin..fut-il lié à l'exil...et à l'enracinement sur une autre terre. La honte de l'exil s'efface avec le temps, avec l'épreuve de réalité ..." ce que j'ai pu faire et que d'autres n'ont pas fait.."..Qui trouve cela indigne ne sait pas ce que c'est qu'être un homme dans ce monde..... Nous sommes ce que nous faisons... Oui mon père avait reçu cette clé en héritage... Je porte son nom...que les tampons font revivre, pour un moment si fugitif..
(1) Jeanne Terracini sur les émigrants venus d'Alicante et de Valence. Citée page 207 de l'ouvrage de Jeannine Verdès-Leroux: "les Français d'Algérie de 1830 à aujourd'hui" Fayard.2001 Posté le 29/08/2006 | 203 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article ECRIRE LE SOCIALLes travailleurs sociaux se rendent à des stages pour apprendre à rédiger dans des formes transmissibles ce qui tient la plupart du temps à des expériences humaines relativement indescriptibles...Sauf à les transformer en abstractions techniques qui n'ont plus de lien avec ce dont il pourrait être question..par exemple la capacité à mettre en mots des affects, des émotions, des perceptions, de l'imagination, de l'interprétation, du commentaire de commentaire, bref de la pensée .. mais un type de pensée en action impossible à enfermer dans des cadres pré-définis.. on ne dit pas en travaillant : "tiens, j'agis, donc je vais penser ça". La conception évolutive de "ce qui se passe" et les paramêtrages cognitifs qui permettent de faire des choix judicieux en fonction des situations de relation se transforment avec une plasticité inanalysable dans le cours de l'expérience sociale habituelle, et pas seulement professionnelle.... La vie sociale est une experience tellement familière et "automatique" que l'analyser requiert comme le suggèrent la plupart des auteurs "de la distance"... Or cette notion est faussement rassurante...faussement porteuse d'objectivité plus précisément..Car qui dit "distance " dit dans ce cas "métamorphose".. changement de forme et changement de nature de l'objet. Il est fort possible que comme l'a indiqué le sociologue américain Garfinkel dans son étude des dossiers d'une clinique les écrits professionnels soient pris dans une sorte de "circularité"...Ils commentent ce que d'autres ont commenté ..ou autrement dit on interprête à partir de ce qui est déjà interprêté... On peut le dire d'une autre façon :La forme pré-existe au contenu, pour autant que ce contenu soit véritablement accessible..? pour autant qu'il existe ? Le mot "table" a pour référentiel un objet que l'on a coutume d'appeler "table" mais lorsqu'on parle d'un évenement social il n'y a pas d'objet concret correspondant.. L'écriture a été à l'origine un mode d'approche du sacré. Sans doute aussi et pratiquement dans le même temps, elle a permis de développer l'économie marchande encore à ses balbutiemments :le signe remplace le réel mais le signe qui signifie le sac de blé n'équivaut pas au sac de blé pour celui qui a faim... Ainsi donc départissons nous de cette croyance naîve que la "formalisation" a un lien avec le réel , de ce qui fait irruption dans notre expérience: la rencontre avec l'autre... Apprenons à écrire soit ,mais sans prétention de restitution...à écrire pour écrire, dans la pure gratuité du plaisir à faire naître des mondes qui n'existent pas encore...à écrire pour l'autre et non SUR l'autre.. a lire éventuellement sur le sujet des écrits professionnels dans le social : Pratiques, langues et discours dans le travail social (écrits formatés, oral débridé) ouvrage collectif sous la direction d'Isabelle Leglise.L'Harmattan 2004 Posté le 16/07/2006 | 145 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article Rechercher dans les articles |
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